Mino cinelu, Jazzman

Mino Cinelu, Jazzman Volant Non Identifié

 

“ Ndar, na nga def ! Ma ngi soga nieuw fi” (bonsoir Saint-Louis. C'est la première fois que je viens ici). C'est en chantant que Mino Cinelu, suivi dans sa procession par ses musiciens, a prononcé ces mots. Au-delà de la salutation amicale, il a cherché à envelopper sa voix pour mieux sentir la présence du public et développer une certaine complicité pour faire passer sa musique. “ Dieureudieuf ” (merci), lance-t-il au public. L'homme est un redoutable percussionniste qui a commencé sa carrière professionnelle à 14 ans avec, disent les critiques, “une boulimie jamais démentie depuis”. Le beat, jeudi soir, avait des relents d'un zouk agrémenté de rythmiques de son bassiste et de son soliste. Des instrumentistes qui jouent aussi aux choristes pour accompagner le batteur-chanteur dans ses envolées lyriques. Pourtant, nous sommes bien dans un festival de jazz avec, au programme, un percussionniste qui a été pendant longtemps la vedette incontestée de la scène jazz française. A la basse, Jerry Barnes, choriste de Roberta Flack et bassiste-choriste de Chaka Kan, a versé dans le funk, alors que Mitch Stein entonnait des solos “blues et rock”. Des complaintes dans un univers de souffrance.

A Saint-Louis il a poursuivi, accompagné d'un DJ, sa quête de nouvelles sonorités pour jeter les nouvelles bases de sa recherche musicale pour une soirée où jazz créole, world électronique et ambiances orientales se mélangent. Ce musicien est très attentif aux nouveaux mouvements et intègre dans sa musique des rythmes proches du “ jungle ” et de la “techno ”. Normal car Mino Cinelu, c'est d'abord deux décennies de carrière auprès des plus grands noms de la pop et du jazz : Miles Davis (qui l'a découvert dans un club new-yorkais dans les années 80), Herbie Hancock, Gil Evans, Dizzy Gillepsie, le groupe Weather Report, Pat Metheny, Lou Reed, Sting ou encore Peter Gabriel.

TAMBOUR DIGITAL

Les talents de ce percussionniste antillais né à Saint?Cloud sont doublés d'une réelle potentialité dans le chant créole. Une langue qu'il dit parler très mal, très dilué : "mi-guadeloupéen, mi?haïtien, très martiniquais", à la limite mélodieuse. Parfois, sa voix est teintée de mélancolie pour évoquer une certaine souffrance… proche de la nostalgie. C'est à l'image de “Namonenaleen”, (vous m'avez manqué). Une pulsation unique fait “ de caresses et de gifles ” dans un rapport physique et sensuel avec ses instruments, percussions, voix et guitares, sans oublier les effets sonores de la programmation de son tambour digital électronique (Wave drum Korg) dont il traficote le son avec deux samplers. Ou de son “djembé” qu'il tape rageusement des mains ou avec des baguettes de sabar spécialement conçues pour lui. Le tout travaillé par une console “ Mackie ”.

Poly instrumentiste (batteur, bassiste, guitariste, claviste, flûtiste, chanteur), Mino Cinelu est avant tout un percussionniste qui se permet de chevaucher une conga pour faire claquer ses cymbales ou tinter à la folie son triangle. Le temps d'une soirée, bercé par le cliquetis des eaux du fleuve Sénégal, sur cette légendaire Place Faidherbe, il a exploré les sons, les timbres et traversé tous les jazz en faisant vibrer le funk, swinguer la pop et “ groover ” la variété. Véritable invitation au voyage, sa musique est une ballade entre musique du monde, chanson et jazz. Un métissage dû à ses origines antillaises. Au creux de sa main, les musiques du monde fourmillent et ne forment alors qu'une seule et même symphonie.

Fort de ses expériences musicales passées, Mino Cinelu est comme écartelé entre jazz et world, brouillant même les pistes dans certaines séquences. Parfois, il se plaît à marier tradition et modernité, même s'il puise à fond dans la besace du répertoire afro?caraïbe. Sa fougue le fait rythmer et sonner tout ce qu'il touche. Son feeling à fleur de peau et sa voix douce ont transporté les festivaliers vers des contrées lointaines où l'esprit du tambour est dompté.

Saint-Louis a été pour lui une autre terre de rencontre musicale sans frontières de style ou de langues avec le saxophoniste français François Jeanneau. Il a également joué avec une jeune formation musicale saint-louisienne, qui verse dans l'acoustique. La preuve qu'il sait bien s'accorder des ouvertures pour servir une musique volontairement métisse. Bref, ce Mino Cinelu est franchement un JVNI : un Jazzman Volant Non Identifié.

                                                                                                                                   DOUDOU SARR NIANG



Article ajouté le 2009-02-08 , consulté 5 fois

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