Interview Me Madické NIANG
| Me MADICKE NIANG, MINISTRE DE L’ENERGIE ET DES MINES : « Le gouvernement n’est pas disposé à augmenter le prix de l’électricité » |
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C’est connu, le prix du pétrole connaît une augmentation au point que certains n’hésitent pas à assimiler la situation à un choc pétrolier. Cette situation est devenue insupportable pour des économies fragiles comme la nôtre. Me Madické Niang, ministre de l’Energie et des Mines explique, dans cet entretien, les contours de la hausse du pétrole tout en déclinant les mesures prises par le gouvernement pour parer à d’éventuelles fluctuations. Monsieur le Ministre, les dernières hausses concernant les produits pétroliers sont intervenues ce week-end. Aujourd’hui, quelle lecture peut-on faire de cette tendance inflationniste constatée depuis un certain temps ? Il faut dire que la tendance a commencé depuis quatre mois. Et, depuis lors, elle se maintient. Au début, nous avions des périodes de hausse et de baisse. Malheureusement, de nos jours, la tendance haussière s’accentue de plus en plus. Qu’avons-nous préconisé comme moyens devant nous permettre de réduire les contrecoups de cette situation ? Je voudrais simplement rappeler que depuis 1999, il y a eu des réformes qui sont intervenues dans le sous-secteur des hydrocarbures. Des réformes qui ont permis la libéralisation dans le sous-secteur. Plus tard, ces réformes ont amené le Sénégal à prendre des engagements devant le conduire à appliquer ce que l’on appelle la vérité des prix qui fait aujourd’hui que les produits pétroliers ne bénéficient plus de subventions, sauf pour le gaz butane. Pour l’essentiel, c’est la réalité du marché qui s’applique. Mais, on a décidé de ne pas appliquer une vérité des prix sauvage. Nous nous basons sur une période de quatre semaines pour avoir une moyenne des prix qui est appliquée afin de déterminer le prix plafond qui est indiqué dans les arrêtés pris par le ministre de l’Energie. Aujourd’hui, nous avons malheureusement une tendance haussière. Le gouvernement avait déjà réfléchi sur la question parce que, depuis le début de l’année et même depuis le dernier trimestre de l’année 2004, des prémices se faisaient voir. Nous avons créé un fonds de stabilisation des prix. Et nous avions engagé des discussions avec nos bailleurs pour arriver à la mise en place de ce fonds. Le fonctionnement du fonds est très simple. C’est-à-dire que nous profitons des périodes de baisse pour disposer d’une cagnotte qui devrait permettre de faire face aux périodes de hausse en soutenant les prix pour arriver à un niveau raisonnable. Nous avons pu faire fonctionner ce fonds en 2004 de manière virtuelle. Ceci nous a permis de soutenir les prix lors du Magal de Touba et du Gamou de Tivaouane. Des périodes durant lesquelles il fallait augmenter les prix de plus de 50 FCfa. Nous avons aussitôt décidé de ne pas faire intervenir cette augmentation, mais de faire intervenir les ressources qui avaient été prélevées sur des périodes plus favorables, de les injecter dans le processus et d’avoir des prix raisonnables. Malheureusement, depuis lors, nous n’avons eu que des périodes de hausse. Ce qui n’a pas permis d’alimenter le fonds de stabilisation. Alors, comment faire pour alimenter ce fonds dans cette période de hausse ? Telle est la question principale. Nous allons faire des propositions au Premier ministre qui se propose de convoquer un conseil interministériel qui devrait annoncer des mesures par rapport au problème que pose aujourd’hui la flambée des prix. Mais, il faudrait que l’on tienne compte que nous sommes dans un domaine où nous n’avons aucune forme d’influence sur la fixation des prix et sur les règles du marché. C’est un domaine essentiellement dominé par les pays producteurs, mais également par les règles du marché qui échappent à notre contrôle. Nous essayons, en tant que gouvernement, de prévenir ces problèmes ; surtout d’apporter des moyens qui devraient nous permettre d’amoindrir les contrecoups des conséquences de la flambée des prix des produits pétroliers. Parallèlement, le gouvernement a eu à initier un plan de développement des énergies renouvelables. C’est cela la réponse appropriée. Et, à ce titre, il faut utiliser notre potentiel d’énergie renouvelable non exploité. Il s’agit du potentiel solaire, éolien mais aussi hydroélectrique. Ce plan devrait prendre en compte une maîtrise des moyens d’exploitation de nos ressources renouvelables. Mais également des incitations fiscales pour un développement des énergies renouvelables. Ce plan devra être adopté assez rapidement afin de permettre un développement de ces énergies renouvelables au Sénégal. Mais, Maître, est-ce qu’une réflexion a été menée autour de ce plan pour sortir le Sénégal de cette situation assez pénible ? Il y a effectivement une réelle réflexion. Le plan a été élaboré sur la base d’une démarche tournée vers plusieurs formes. Dans un premier temps, nous avons rassemblé tous les agents venant de la recherche scientifique, de l’université, de l’environnement, qui peuvent nous apporter quelque chose. Après cette étape, nous avons réuni un séminaire de restitution qui a permis aux experts de discuter des modalités d’adoption du plan. Cela a été fait. Il reste au gouvernement de l’homologuer et de le mettre en œuvre. Les plus grandes facettes sont : premièrement, de nous donner les moyens d’exploiter nos ressources par une maîtrise de la technologie permettant une exploitation judicieuse. Deuxièmement, faire de sorte que cette exploitation puisse satisfaire les besoins en énergie de la population. Troisièmement, trouver les voies et moyens qui devraient nous permettre de développer les énergies renouvelables par une politique d’encadrement et d’incitation. En 2004, à quelle hauteur le Fonds était-il intervenu pour juguler un peu les prix ? En 2004, il y a eu des périodes marquées par des baisses. Nous en avions profité pour engranger plus de 2 milliards et demi de FCfa qui nous ont permis de soutenir par deux fois les prix. La consommation du Sénégal est de près de 246 milliards de FCfa. Pour une période de 4 semaines, vous divisez 246 milliards par 12 et vous arrivez à comprendre que 2 milliards étaient une goutte dans la mer que représente toute la consommation du Sénégal. Mais cela nous a permis de stabiliser les prix pour le Magal, le Gamou et durant la période ultérieure, alors que les prix étaient très élevés. Si ce fonds est alimenté aujourd’hui, il permettra de stabiliser les prix et d’arriver à des niveaux raisonnables. Je voudrais souligner que nous sommes dans une période de tendance haussière très accentuée. En 2004, nous avions une facture pétrolière de 246 milliards. Aujourd’hui, rien que pour les 7 premiers mois de 2005, nous en sommes à plus de 220 milliards. Au-delà des énergies renouvelables pour palier un peu la situation, avez-vous pensé à un stock de sécurité ? Nous avons un décret qui réglemente le stock de sécurité. Mais, avec cette hausse, il est difficile de mobiliser, pendant 35 jours, une quantité importante qui pose souvent de sérieux problèmes de comptabilité pour les sociétés. Mais, je veille à ce que le stock de sécurité soit respecté. Je pense qu’il faut accélérer nos explorations et arriver rapidement à une découverte. C’est ce que nous avons fait. Rien que pour la seule année 2004, j’ai signé 5 contrats de recherche pétrolière. Aujourd’hui, sur nos 19 blocs de recherche, les 17 ont été attribués. Pour les deux autres, nous sommes en train de finaliser les dossiers. Nous avons déjà des prétendants. Aussi, faut-il faire de telle sorte que le pétrole lourd de la Casamance puisse être exploité. Pour ce pétrole, nous avons une réserve avérée de 1 milliard 100 millions de barils. Nous avons fait de grands pas pour pouvoir l’exploiter. Nous avions discuté avec les Vénézuéliens qui ont une parfaite maîtrise de l’exploitation du pétrole lourd. Nous avions essayé de nous lancer avec eux. Mais, du fait que nous n’avions pas pu avancer, nous nous sommes tournés vers d’autres partenaires. Nous avons alors signé avec les Malaisiens qui sont aujourd’hui dans le permis d’exploration. Nous sommes en train d’étudier les voies et moyens pour extraire le pétrole lourd. Il y a une technologie très avancée en la matière, mais il faut voir si elle est adaptée. Car, il s’agit d’éjecter de la vapeur pour rendre le pétrole liquide et permettre sa remontée pour pouvoir le tirer et l’exploiter judicieusement. Une fois que la technologie est adaptée, d’ici le mois de novembre, un accord devra permettre la mise en place d’un permis d’exploitation du pétrole lourd. Aujourd’hui, exploiter ce pétrole lourd est rentable, car le baril oscillant entre 70 et 80 dollars. Y a-t-il des raisons d’espérer avec les Malaisiens ? Il y a des raisons d’espérer. Les Malaisiens sont intéressés. C’est pourquoi ils ont déjà accepté des actions pour être présents dans le permis d’exploration. La deuxième étape concerne le permis d’exploitation. Je voudrais vous dire qu’au-delà de l’exploitation, il y a l’exploration. Récemment, des recherches ont découvert la présence d’huile légère dans le même périmètre du “ Dome Flore ”. Cela permet de penser que derrière cette huile, il y a l’existence du pétrole léger. Nous avons aussi d’autres périmètres qui nous procurent beaucoup d’espoir. Il s’agit des périmètres de Kayar pour lesquels nous avons signé avec une grande société de Dubaï, Ali Tani Investment ; de Thiès où nous avons déjà découvert du gaz exploité et vendu à la Senelec, de Saint-Louis qui est dans la continuation logique de Chinghetti ; là où la Mauritanie a fait une découverte importante de pétrole. Monsieur le Ministre, au regard de ce qui se passe dans le secteur, peut-on parler aujourd’hui de choc pétrolier, comme ce fut le cas en 1973 et en 1979 ? Je pense réellement que l’on peut parler de choc pétrolier. Parce que ceux qui ont analysé les causes ont relevé deux ordres. D’abord, il y a aujourd’hui l’inaccessibilité de certaines sources de production par le terrorisme ou d’autres phénomènes naturels. Ensuite, il existe une forte demande qui s’accentue. Elle est causée par les besoins de la Chine. Si l’on analyse ces deux causes, on en arrive à dire qu’elles ne vont pas disparaître dans un temps. Au contraire. Et elles peuvent créer des situations très graves. D’autant que les besoins de la Chine seront de plus en plus importants, au moment où l’accès à certaines zones d’exploitation devient périlleux, du fait du terrorisme et des phénomènes naturels. Si l’on tient compte de ces causes, on peut arriver à une situation où le prix du baril va croître. À cet effet, nous arriverons peut-être à atteindre les 100 dollars. Ce qui sera une catastrophe pour des économies aussi fragiles que les nôtres. Dans ce cas de figure, quelle sera la réaction du gouvernement ? Cette réaction a déjà commencé. Il faut mettre en place un plan d’action des énergies renouvelables. Nous avons fait de telle sorte que l’on ait un fonds de stabilisation qui nous permet, à un certain moment, de réguler les prix. Mais, il faudrait faire de telle sorte que les explorations en cours puissent, dans les meilleurs délais, trouver du pétrole et qu’on puisse l’exploiter. Il faut, grâce à notre position géographique privilégiée, offrir au Sénégal un plateau de services d’industries pétrolières par une plate-forme pétrolière, des centres de stockage, des raffineries qui devraient nous permettre d’amortir les chocs pétroliers et de faire que les contrecoups ne puissent pas générer des conséquences graves pour notre économie. Abordons à présent la question qui a trait à la rumeur portant sur une éventuelle pénurie de gaz. Existe-t-il un stock suffisant ? Il n’y a pas de problème concernant le gaz. Je vous parlais tantôt de la présence de stock. Pour vous parler sincèrement, ce n’est pas un stock de 35 jours que nous avons au Sénégal. Mais au minimum, nous avons un stock de 22 jours parce qu’un stock de 35 jours devrait nous amener à avoir une disponibilité de 12.000 à 14.000 tonnes, alors que notre disponibilité est de 8000 tonnes. Le problème est un circuit de distribution. Les centres de production sont dans la banlieue, en tenant compte de l’inaccessibilité de cette zone à un moment, il y a eu forcément des problèmes de distribution. Gie Mame Diarra Bousso, Touba Gaz, les centres de remplissage de Shell, de Total se trouvent dans la banlieue. C’est cette banlieue qui était par moments inaccessible, posant de sérieux problèmes de distribution. Je dis une fois de plus qu’il n’y a pas de pénurie, nous veillons à ce que le produit soit disponible. La Senelec est une grande consommatrice de fuel. Pouvez-vous rassurer les Sénégalais quant au maintien du prix de l’électricité ? Vous avez raison de poser cette question. Le gouvernement, depuis deux structures, a bloqué les prix de tous les produits pétroliers utilisés. Dans la dernière structure, nous avons décidé de payer en contrepartie un différentiel de près de 2 milliards. Dans cette structure, il y aura un différentiel de près de 1 milliard 900 millions. Déjà, nous avons bloqué pour que la Senelec puisse supporter les contrecoups. Par ailleurs, nous ne voulons pas d’augmentation. Aujourd’hui, la commission de régulation a retenu que l’augmentation devrait être au moins de 15 %, mais le gouvernement ne veut pas de cela. On ne peut pas, à une période où une pression s’accentue sur les bourses des ménages, augmenter le prix de l’électricité. Mais, si le gouvernement opte pour cela, il est obligé de donner à la Senelec une compensation pour lui permettre de fonctionner. Sinon elle risque d’avoir des problèmes de trésorerie et ne pourra pas faire face à ses exigences. Le conseil interministériel devrait permettre d’avoir toutes les réponses, de par les instructions que nous recevrons du Premier ministre. Je voudrais vous dire ici et maintenant que nous ne somme pas disposé à augmenter le prix de l’électricité. Nous allons nous évertuer à faire de telle sorte que le prix ne puisse pas être augmenté. La volonté du gouvernement est de le maintenir à son niveau actuel pour ne pas avoir une forte pression sur les bourses des ménages. PROPOS RECUEILLIS PAR DOUDOU SARR NIANG & DAOUDA MANÉ |

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