ALTERNANCE AN IV : Les révélations de Me Wade
ALTERNANCE AN IV : Les révélations de Me Wade
« Un Sénégal sans Premier ministre, je
ne le pense pas »
Irrémédiablement, Djibo Kâ siégera dans les
prochains jours, dans un gouvernement dirigé par le Premier ministre Idrissa
Seck. La révélation a été faite hier soir, au Palais présidentiel lors d’un
entretien exclusif que Maître Abdoulaye Wade a accordé à Scoop. D’ores et déjà,
une correspondance a été adressée au leader de l’Union pour le renouveau
démocratique pour définir les modalités de sa participation dans le futur
gouvernement. Et à coup sûr, lors de
leur prochain tête-à-tête, toutes les dispositions seront prises pour officialiser le retour de l’enfant de
Thiargny au Building Administratif depuis 1998. Mais cette fois-ci dans un
gouvernement libéral. C’est la preuve que Maître Abdoulaye Wade est animé d’un
esprit d’ouverture pour qu’ensemble, les gens puissent travailler pour
l’intérêt du Sénégal.
Malgré le refus de certains partis politiques de siéger dans un gouvernement élargi, le Chef de l’Etat n’en démord pas. « C’est dans ma logique personnelle que d’appeler l’opposition pour élargir les bases politiques. Car, plus on sera nombreux, mieux on sera et moins il n’y aura de controverse et de désordre social ». A cet effet, Me Wade est conscient que dans un pays, « il faut un pouvoir et une opposition ». Mieux, sa volonté clairement affichée est d’avoir une opposition forte et constructive. « Une opposition qui doit être une alternative au gouvernement. C’est cela l’idéal d’un régime comme cela se passe au Canada ». Mais une chose est sûre, il n’a jamais fait appel au parti socialiste pour entrer dans un gouvernement. « Même s’il n’y a pas d’inconvénient à ce que PS vienne dans mon gouvernement, la conjoncture actuelle ne l’admet pas. « De la même manière que j’avais des problèmes pour aller dans le gouvernement de Diouf, les socialistes ont aujourd’hui plus que résistance qu’à l’époque ».
En bon professeur de Droit, Me Wade a tenu à lever l’équivoque concernant la notion de crise. « Lorsqu’on change de Premier ministre, il n’y a pas crise. Car, dans un régime parlementaire, c’est un parti ou une coalition de partis qui assume le gouvernement. Lorsque vous perdez cette majorité, vous êtes obligés de céder la place ». Pour être plus précis dans ses explications, Me Wade a convoqué l’histoire politique de la France où le pouvoir est entre les mains du Premier ministre. « Entre le moment où le gouvernement tombe et celui de la formation d’un autre, on peut parler de crise du pouvoir. Contrairement au régime présidentiel où l’on ne peut pas parler de crise. Car, cela ne peut advenir qu’avec la démission du Président de la république ».
Un
Sénégal sans Premier ministre
Un Sénégal sans Premier ministre ? Pour l’heure, le Président Wade n’en pense pas. Et pour cause, le Chef de l’Etat a tellement de travail qu’il lui faut nécessairement un Premier ministre à ses côtés. « Peut-être, si je n’avais pas mes responsabilités au niveau africain… ». Mais toujours est-il que Maître Wade se pose la question de savoir pourquoi les ministres sont obligés de démissionner lorsque le Premier ministre rend son tablier. « C’est tellement absurde. Pour ne prendre que l’exemple du ministre de l’Economie et des finances, si celui-ci démissionne, tout le gouvernement n’est pas obligé de le faire ».
Dans cette dynamique de remaniement, le Président de la république affirme qu’il y aura nécessairement un réaménagement technique. « C’est comme dans un match de football. Il y a des ajustements à faire. Mais globalement, c’est une bonne équipe », précise t-il. De temps en temps, il faut de l’avis de Me Wade changer de capitaine ou de joueur. « Mais, il faut comprendre que mon match à moi, dure sept ans ».
Revenant sur l’épisode Mame Madior Boye, le président de la République souligne que le choix porté sur cette dame obéissait à une logique de donner une coloration moins politique au gouvernement. Cette ouverture en direction de la société civile a permis aussi à certains citoyens de siéger au conseil des ministres.
Appréciant l’effort du gouvernement dans sa réponse
à la demande sociale, le Président a eu une pensée pieuse pour Iba Ndiaye, le
défunt secrétaire général de la Confédération des syndicats autonomes
(CSA). « C’est quelqu’un que
j’aimais bien. Non pas parce que son père fut l’un des fondateurs du Pds à
Diourbel, mais simplement parce qu’il disait à l’occasion de la traditionnelle
cérémonie de remise des cahiers de doléances e 1er mai, Monsieur le
Président, notre objectif, c’est perturbation zéro ». Cette responsabilité
du syndicaliste a été magnifiée par Maître Wade. « Si les travailleurs se
rendent compte que nous sommes de bonnes volonté et que nous faisons des
progrès dans le sens de leurs revendications, cela peut aider au climat
social ». A ce titre, il est important que les syndicalistes sachent les
limites de ce qu’il est possible de faire, d’autant plus que le gouvernement
s’est fait un devoir de trouver une solution à toute revendication légitime.
Une deuxième hausse des salaires
Concrètement par rapport à la demande sociale, le
Président annonce une deuxième hausse des salaires au mois de juin prochain
pour aider les travailleurs du secteur secondaire « à pouvoir joindre les
deux bouts » devant la prégnance des problèmes sociaux ; tels que le logement et la nourriture. Et
par rapport à ce dernier point qui intéresse particulièrement les Sénégalais,
« je veillerai à ce qu’il y ait une abondance de biens pour des prix moins
chers au consommateur ». Dans cette perspective, il est question pour le
plus haute autorité du pays de tout mettre en œuvre pour que ce qui est produit
au Sénégal soit moins cher. « Je vais agir sur les intrants afin que
certains coûts soient minorés ». Et à titre d’exemple, Me Wade revient sur
l’électricité. « Au lendemain de l’alternance, j’ai réussi à récupérer la
Senelec qui a été bradé. Si je ne m’étais pas penché sur les comptes de la
société, je ne l’aurai pas vu ».
C’est la raison pour laquelle, les repreneurs de la société nationale
d’électricité n’avaient trouvé rien à dire à propos de la décision de Me Wade.
Aujourd’hui, par rapport à l’électricité, le Sénégal peut s’estimer heureux
d’avoir eu une offre alléchante de l’Egypte qui lui donne la possibilité
d’utiliser l’énergie produite par le barrage d’Assouan. « Si la Mauritanie
est d’accord, nous pouvons nous approvisionner au Maroc ». Au-delà du
financement acquis par l’OMVS pour la construction de deux barrages afin
d’augmenter la production électrique, les autres solutions qui s’offrent à
nous, c’est le gaz qui peut soit provenir du Nigéria ou de la Côte d’Ivoire ».
Mais, ce qui tient à cœur le Président
Wade, c’est l’éligibilité du Sénégal au Millenium Challenge Account doté d’un
fonds d’un milliard de dollars. « Si nous sommes élus à ce fonds, nous
allons acheter une centrale de production d’énergie pour faire baisser les
coûts ».
Même s’il est difficile pour le Président Wade de
faire un bilan quantitatif de ces quatre années d’alternance, il n’en demeure
pas moins que les motifs de fierté sont
là. Et le mérite du Chef de l’Etat, c’est d’avoir permis au Sénégalais
d’avoir confiance en lui, au moment où tout le monde doutait. Mais aussi et
surtout au moment où l’Afro-pessimisme triomphait un peu partout. « J’ai
su insuffler à la jeunesse le sentiment que les ressources humaines de qualité
sont plus importante que tout autre chose. Quant un pays a des ressources
humaines de qualité comme c’est le cas du Sénégal, il peut s’en sortir »..
Cette confiance retrouvée de tout un peuple a valu
au Sénégal ses victoires sportives. Qu’il s’agisse des Lions du football, des
Athlètes, des femmes et dans certaines disciplines nouvelles, les Sénégalais se
sont mis à gagner et à compter sur leurs propres efforts. Heureusement que le
désengagement de l’Etat au profit du secteur privé a permis le développement
d’initiatives porteuses d’espoir, mais aussi de développement socio-économique.
Me Wade cite le projet Senbus qu’il a conçu et qui a été concrétisé par le
secteur privé.
Wade, l’interlocuteur des grandes puissances
Au regard de cette appropriation par le peuple de
ses idées, le Président Wade est d’avis qu’on ira très loin. D’autant plus
qu’il y a eu une révolution dans tous les domaines avec la multiplication
d’école. « Pour preuve l’école coranique va subir une révolution et
deviendra une Medersa moderne. Ainsi, de la station accroupie, ses élèves
vont passer à la station debout avec l’accord des marabouts ». Avec le
Nepad, le Sénégal est devenue un pays leader en Afrique et le Président Wade
jouit d’un leadership incontesté à travers le continent. Et la grande réussite
de ces quatre premières années de l’alternance, c’est d’avoir hissé le Sénégal
au niveau d’un interlocuteur des grandes puissances. A la différence de
Senghor, je suis un interlocuteur des grandes puissances. Ceux qui font le
monde me consultent. Aujourd’hui, le Président de la république figure parmi
les deux ou trois interlocuteurs africains. Cela est dû au rang du Sénégal, à
sa culture, à ses hommes, à la personnalité de son Président, mais aussi à son
parcours politique et intellectuel devenu une référence en Afrique ».
Relativement à ses grands chantiers, le Président
Wade avoue n’avoir pas appréhendé au départ la situation du Sénégal dans ses
rapports avec les Institutions internationales. « Car, elles nous ont
imposés des conditionnalités invraisemblables ». Aujourd’hui, il est très
difficile pour le Sénégal de s’adresser directement à son secteur privé
national pour la réalisation de ses grands projets. « On nous impose un
appel d’offres. Et à ce titre, il a fallu rédiger avec la Banque mondiale un
texte régissant les marchés publics. Malheureusement après adoption, nous nous
sommes rendus compte que le texte ne prenait pas en compte le BOT ».
L’inconvénient dans tout cela, c’est que si le Sénégal avait suivi les
procédures de la Banque mondial, c’est en 2005 que les premiers appels d’offres
allaient être lancés. « Sans tenir compte du fait que j’ai un objectif de
l’OCI pour 2006 ». Face à ces impératifs, le Président Wade a pensé faire
appel à un cabinet international pour négocier avec les promoteurs intéressés par
ses grands projets. « Ainsi, aucun membre du gouvernement ne sera impliqué
dans cette affaire ». Et pourtant, il avait la possibilité de faire du gré
à gré, comme le lui ait suggéré le président de la Banque mondiale.
« Malheureusement, il m’a fait savoir que cela pourrait être exploité par
mes adversaires à l’étranger ».
Des routes qui durent 50 ans
Actuellement, la volonté clairement affichée du
Président est de construire le Sénégal
au véritable sens du termes avec des infrastructures modernes, à l’image de ces
nouvelles routes construites pour durer 50 ans. « Je tiens juste à
rappeler que les retards dans certains grands projets ne sont pas liés au
financement. C’est simplement à cause de la banque mondiale que les choses ont
connu un retard. Mais, à partir du 15 avril prochain, les appels d’offres vont
être lancés ».
Des adversaires à l’étranger, le Président Wade en
compte, un peu partout comme en Europe. « Ce sont des gens animés d’une
idéologie qui n’est pas la mienne ; des gens qui m’ont reproché de leur
pris leur bastion socialiste ». Dans ce même ordre d’idées, tous ceux qui
agitent l’idée d’un refroidissement des relations entre les Présidents Chirac
et Wade à la faveur du rapprochement avec les Etats-Unis ’ont rien compris
« Chirac m’a dit que ces gens ne comprennent absolument rien. Car, son
souhait est de voir les Etats-Unis aider davantage l’Afrique ». Pour
montrer le degré d’entente avec son homologue français, Me Wade a précisé avoir
averti Jacques Chirac de la candidature du Sénégal au Millenium Challenge
Account. « Aujourd’hui, aucun
président américain ne cherche à remplacer la France au Sénégal. Qui plus est,
entre Chirac et moi, il n’y a pas de problèmes et il n’y a jamais eu de problèmes.
C’est le travail, la considération et l’estime qui sont à la base de nos
relations ». Quid du Président Bush ? Abdoulaye Wade pense que
« c’est plutôt spontané. Il a entendu parler du Sénégal et son
appréciation a précédé à notre première rencontre. Et actuellement, il me
consulte sur les grands problèmes. Pour preuve, sur la question de Madagascar,
j’ai été en contact permanent Chirac et Bush. De même que sur la question
irakienne ».

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