ITW Semou Pathé Guèye (PIT)
Pr Sémou Pathé Guèye, Parti de l’Indépendance et du Travail (PIT)
‘’Nous nous sommes contentés des échos que la presse nous renvoyait de notre propre action’’
Propos recueillis par DOUDOU SARR NIANG
Homme politique et responsable au sommet du parti de l’Indépendance et du travail (PIT), le Pr Sémou Pathé Guèye étonne par la pertinence de ses analyses. Resté ces derniers temps, un peu en retrait par rapport à la scène médiatique, le philosophe revient sur les questions qui agitent le landernau politique. Et au premier plan, le boycott des élections législatives du 03 juin prochain, à la suite de la décision prise par 12 chefs de partis de renoncer au scrutin.
Professeur, au regard de la décision prise par 12 partis d’opposition de boycotter les prochaines élections législatives et l’implication active du PIT dans ce processus, est-ce qu’on peut considérer votre formation politique comme le chef de file de ce vaste mouvement de contestation ?
Je ne sais pas s’il faut poser la question en ces termes. Le boycott a été d’abord une décision collective de la coalition à laquelle nous appartenons, et sein de laquelle, nous sommes allés aux élections. Ainsi, au lendemain de la publication des résultats, nous nous sommes retrouvés au siège de la Coalition pour analyser le scrutin. Avec toutes les composantes de la coalition, nous sommes arrivés à la conclusion que ces résultats ne sont pas le reflet de ce qu’une bonne partie du peuple exprimait comme mécontentement à l’égard de la politique du gouvernement. Avant les élections et dans tous les secteurs, il y avait des mouvements de revendication qui, tout naturellement, exprimaient le désaveu de la politique qui était menée au Sénégal. Sans compter les difficultés au sein du parti au pouvoir et au plus haut sommet du régime, alimentées par les scandales qui défraient la chronique. Comparé à tout cela, le résultat était, à tout le moins, surprenant. Et, il a, tout le moins, surpris. Aussi, dans notre analyse, nous avons conclu au fond, que ce qui est surprenant, ce n’est pas le fait que le système ait produit de tels résultats. Mais, que le système électoral sur la base duquel nous sommes partis aux élections, ne pouvait produire qu’un tel résultat. En le disant, nous engagions un peu notre responsabilité. Car, si nous avions combattu le système, avec toute la détermination qu’il fallait, en étant plus proche des populations, en ne nous contentons pas des échos que la presse nous renvoyait de notre propre action ; c’est-à-dire une action qui était plus une action de salon qu’une action de déploiement sur le terrain - nous aurions pu alerter plus fortement l’opinion, la mobiliser et, le cas échéant, la préparer à réagir massivement contre ce que nous avons appelé un hold-up électoral.
Alors, quelle a été la conséquence de cette nouvelle prise de conscience politique ?
Après avoir tiré cette leçon, nous ne pouvions plus continuer à avoir une quelconque complaisance ou passivité à l’égard de ce système. Alors, d’un point de vue logique, cette analyse faite au lendemain des élections, appelait deux conclusions absolument nécessaires. Premièrement, qu’on ne peut pas dire qu’un système est générateur de falsification de l’expression du suffrage des citoyens et s’inscrire, malgré tout, dans ce système. Donc, nous étions obligés de poser sur la table, la question du réexamen du système. Faute de quoi, nous allons boycotter les législatives. Et, deuxième conclusion à laquelle, nous avons abouti, a été le boycott actif. Car, du moment que nous n’avons pas opposé la mobilisation populaire qu’il fallait aux différentes remises en cause la fiabilité du système que nous avions hérité du régime précédent, il fallait aller au-delà d’un boycott purement verbal et en chambre. En d’autres termes, il fallait exploiter toutes les possibilités que nous avons, pour obliger le pouvoir à revenir sur un système, au moins, aussi fiable que celui qui avait rendu possible l’alternance. C’est la meilleure réponse à apporter, si nous ne voulons plus que la même attitude de passivité pérennise le système. Cela paraît tellement logique que toute autre attitude aurait été opportuniste de notre part. C’est vous dire qu’il ne s’agit pas d’une prise de position du PIT. Mais, une prise de position logique de notre coalition qui, sur ce plan, s’est retrouvée avec d’autres coalitions. Evidemment, le PIT a un style, et lorsqu’il endosse une position, il l’assure. Mieux, il la porte par le mouvement et par l’action dans la mesure de ses modestes moyens. C’est cela qui peut donner l’impression que nous sommes plus actifs. Mais, je crois que c’est un mouvement d’ensemble.
Est-ce qu’on ne peut pas vous reprocher le fait que c’est ce système qui vous dénoncez qui a permis à Idrissa Seck de gagner à Thiès et Moustapha Niasse à Nioro ?
Si, vous lisez notre lettre, et je m’étonne justement qu’Ousmane Ngom, dans sa réponse, parle de logique, nous avons clairement dit que nous rejetons les résultats. C’est parce que nous rejetons les résultats, que nous n’avons pas revendiqué quoi que ce soit. Pour nous, ces résultats, dans leur ensemble, ont été viciés dès le départ. Nous ne pouvions pas intenter un recours, encore moins commenter, dans un sens ou dans un autre, les résultats qui ont été publiés. Donc, nous sommes cohérents avec nous-mêmes. Car, nous ne pouvons pas rejeter le résultat qui nous a été donné, et crédibiliser un quelconque autre sur cette base. Voilà pourquoi, lorsque Ousmane Ngom croit voir une contradiction dans fait que, d’une part, nous rejetons les résultats et d’autre part que nous demandons à discuter avec le président de la République, président sur la base des résultats qu’on a reconnus ; c’est qu’il ne sait ce qu’est la logique. Qu’il n’ait pas appris la logique, c’est un fait. Mais, le fait que le juriste qu’il est, n’ait pas compris le bien-fondé de notre démarche, c’est surprenant. N’est-ce pas le Wolof qui dit ‘’yafi nekk moy takha falou’’ (C’est parce que tu est là, qu’on t’a élu). C’est vous dire que nous contestons la légitimité. Car, pour nous, Abdoulaye Wade n’est pas le Président de droit, puisqu’il est devenu président sur la base d’un système dont nous contestons la capacité à garantir la légitimité. Mais, il est président de fait. Donc, si on veut discuter avec un président de la République, en l’occurrence celui qui occupe cette fonction au Sénégal, quelle que soit la manière dont il est arrivé, on ne peut pas discuter avec quelqu’un d’autre que Abdoulaye Wade. C’est lui qui signe les décrets. Une chose est de lui contester la légitimité. Mais, une autre est de savoir qu’on est roi, non pas parce qu’on est légitime, mais parce qu’on occupe la place du roi. Et le juriste Ousmane Ngon devait justement comprendre cette distinction entre le fait et le droit. Malheureusement, il se situe mal sur la question du droit, alors que pour nous, cette question était implicitement réglée. Nous l’avions mis de côté, parce que nous voulons discuter dans l’intérêt de notre pays. Et nous ne pouvons discuter de ces questions qu’avec celui qui est habilité à en discuter. Si, on dit qu’on ne peut pas discuter avec Abdoulaye Wade, la sincérité de notre volonté de discuter n’existe pas. Ce n’est pas avec le président de la Gambie ou du Mali que nous allons discuter. Dans ce cas, on allait nous dire qu’il s’agit là, d’une manœuvre opportuniste pour prétendre discuter alors qu’on nie les conditions de la discussion. Certes, nous avons demandé à discuter avec Abdoulaye Wade, mais cela ne change rien dans notre conviction qu’il a été élu sur la base d’un système qui ne lui garantissait pas la légitimité. Mais, puisque c’est lui qui est là, et non d’un autre, c’est avec lui que nous avons demandé à discuter. S’il y avait quelqu’un d’autre ou une autre manière de discuter avec quelqu’un d’autre, nous le ferions.
Relativement à Thiès et Nioro, est-ce qu’il fallait donner l’impression que l’opposition devait donner quelques localités, de manière symbolique pour légitimer la victoire le 25 février 2007 ?
Il faut éviter de confondre logique et sophistique. Les arguments qui ont été avancés par Ousmane Ngom, c’est-à-dire par Abdoulaye Wade interposé, sont des arguments de pure sophistique. Car, lorsque vous avez un système aussi sophistiqué que celui-ci, il y a toujours des failles. Et, le système ne pouvait pas être efficace à 100 %. Il y a des endroits où, une multitude de raisons, qu’il serait long d’expliquer, a fait que le système ne pouvait pas fonctionner à 100 %. Même s’il a été fabriqué de longue date, c’est-à-dire depuis l’arrivée de Wade au pouvoir, pour produire ces résultats. Malgré tout, le rapport de force sur le terrain a fait qu’il ne pouvait pas fonctionner à 100 %. Alors, si l’on croit pouvoir se servir de cet argument pour dire qu’il y a eu quelque part où cela n’a pas fonctionné ; donc ce que vous dites sur le système est faux : cela est de la sophistique.
Mais, si on en revient à la période pré-électorale, il y a eu bel et bien audit du fichier électoral. Et, on a abouti à la conclusion selon laquelle, le fichier était fiable pour aller aux élections.
(Il coupe). Je vous ai dit et je le crois sincèrement. J’adhère à tout ce qui a été dit dans le sens de la mise en cause du pouvoir et de sa volonté programmée de fausser les élections. J’adhère donc à l’accusation de fraude, même si, à mon avis, le mot fraude d’ailleurs n’est pas bien utilisé. Il y a eu des cas de fraude. Aussi, il y a le fait que le système a été organisé pour fausser l’expression du choix des citoyens. Ce n’est pas la même chose que la fraude. Quand dans une localité, on annonce une victoire et le lendemain, on annonce une autre alors qu’on a déjà compté, il y a eu bel et bien fraude.
C’est la raison pour laquelle, j’adhère à cette accusation, à ce diagnostic. Je maintiens que si cela a été possible, c’est parce que l’opposition n’a pas fait à temps ce qu’elle devait faire.
Réellement, qu’est-ce que l’opposition devait faire ?
Dès que Abdoulaye Wade procédait par petites touches, tellement petites qu’on ne pouvait pas voir tout de suite où il voulait en arriver, on aurait du opposer la riposte la plus vigoureuse. Mais, le style d’Abdoulaye Wade a été le suivant : il avance à petit pas ; il attend. Parfois, on gesticule, on fait de gros effets de manche. Et si rien ne passe, il pose le pas supplémentaire. De petits pas non freinés à petits pas non freinés, il est arrivé à tailler à sa convenance le système, sans jamais avoir rencontré la résistance qu’il fallait. Car, c’est au lendemain des élections de 2001 que le fichier électoral a été déplacé du ministère de l’Intérieur vers la présidence de la République. C’était du temps d’Idrissa Seck et il ont eu le temps de faire toutes les manipulations qu’ils voulaient. Lorsque ce dernier est parti, ils ont réfléchi sur la manière de tirer les leçons du fichier qui était manipulé. Après avoir fait tout ce travail, ils ont ramené le fichier au ministère de l’Intérieur. Sans que le concerné ne le mette en cause, la presse a répété que le responsable des élections du Pds, grand spécialiste des questions d’informatique, avait élu domicile là-bas. Au lieu de prendre cette information au sérieux, on a noté, on a passé à l’anecdotique et on a laissé faire. ALors que, justement, ils étaient en train de toiletter le fichier. Quant, ils ont fait toutes les manipulations, ils ont demandé aux gens de venir pour faire l’audit en quelques jours. Seulement, jusqu’à la veille des élections, le fichier disponible sur papier n’était pas remis aux partis politiques pour qu’on puisse s’assurer s’il s’agissait du même que celui avec lequel, on est allé aux élections. Voilà pourquoi, le PIT n’a pas cautionné la sortie des gens de la société civile qui ont soutenu n’avoir pas de preuve que le fichier n’était pas fiable. Une chose est de ne pas avoir de preuves ; une autre est de conclure que le fichier est bon ou n’est pas bon. Peut-être que si on avait eu le temps, si on avait donné aux gens le temps de vérifier et de confronter le fichier sur papier et le fichier électronique, on pourrait, en mobilisant assez de ressources comme c’était le cas en 2000 arriver à un fichier digne de confiance. Mais, le fichier n’est qu’un cas dans les possibilités de fraude. C’est un maillon, parce qu’on a eu d’abord une implantation sélective des bureaux de vote.
L’opposition a soutenu qu’elle n’a pas eu accès à la carte électorale ?
L’opposition n’a pas eu accès à la carte électorale, donc du contrôle de l’électorat par ce biais. L’opposition n’y a pas participé sérieusement, parce que les commissions qui devaient s’occuper de cela, n’ont pas été mises en place dans les commissions de distribution des cartes. Cela a permis une distribution sélective de ces cartes. Même dans le contrôle même de la fiabilité de la transcription, l’opposition n’a pas eu le temps pour voir et de savoir si les noms étaient identiques.
Il y a aussi que l’opposition n’a pas fait le travail d’investigation nécessaire pour la circonstance ?
Je voudrais vous dire, en toute honnêteté que nous sommes fait voler. On ne nous a pas volé, nous nous sommes fait voler. Si, dès le départ, nous avons fait montre de la détermination qu’il fallait, de la vigilance qu’il fallait, on aurait pu nous voler autrement, et non de la manière dont nous l’avons été. Je crois que si nous voulons aller vers un système fiable, il faut que nous nous mobilisions, que nous mobilisions les citoyens pour revenir sur le fichier. Aussi, il faut que réglions les problèmes liés au manque de vigilance, au manque de détermination, de déploiement sur le terrain dont nous avons fait preuve et qui a facilité les choses.
Au-delà de cela, est-ce que l’absence de cadre d’action unitaire de l’opposition, est-ce que cela n’a pas aggravé la situation ?
Je suis tout à fait sure que cela a joué un rôle très important. Cela veut dire qu’à chaque chose son temps. Nous nous sommes engagés dans une lutte pour montrer quelle est la part de responsabilité du pouvoir dans la falsification de la volonté populaire. Mais, je crois que si nous voulons combattre efficacement cela, il faut qu’on s’interroge, que nous nous interrogions nous-mêmes, que nous dégagions notre responsabilité. Et par rapport à votre question, j’ai tendance à répondre par oui. Le CPC avait vraiment réussi à crédibiliser une alternative unitaire dans la tête des partis membres du CPC. Il était même devenu un seul parti. Par la suite, on a remplacé le CPC par la CPA. Non seulement, la CPA n’a pas eu le temps d’occuper la même place que le CPC dans la tête des Sénégalais. Mais, tout de suite, elle s’est manifestée par ses contradictions et ses incohérences, au point de discréditer l’idée d’unité et de mettre dans la tête de ceux qui croyaient en cette idée que les élections étaient perdues d’avance. Que ce n’était même pas la peine de se fatiguer. Alors, certains Sénégalais en ont tiré la conclusion que ces gens-là ne savaient pas ce qu’ils voulaient. Car, ils n’avaient aucune chance de battre Wade, s’ils sont séparés. Donc, s’ils ont pris cette voie suicidaire, c’est que l’intérêt personnel a prévalu par rapport à l’intérêt général. Aucun des gens qui étaient présidentiables n’a compris la nécessité d’envisager, pas automatiquement, mais sur la base de discussions ouvertes, sincères, franches, la nécessité de se retrouver derrière quelqu’un reconnu comme étant celui qui doit être devant. Au contraire, chacun a cru que le destin du Sénégal ne reposait que sur ses épaules. Il est tout à fait naturel que les gens votent pour Wade, en attendant que le bon sens et la raison l’emportent sur des opposants qui semblent plus proches de leurs propres intérêts que l’intérêt du Sénégal.
Il y aussi le fait que les leaders de l’opposition ont été capables de s’unir pour boycotter les législatives et non pour gagner les élections ?
C’est parce que l’opposition n’est pas bête. Elle a tiré les leçons dès le lendemain des élections. Elle a compris, ce qu’elle n’avait pas compris avant. On a compris que, compte tenu de ce que le système est, et qui est par nature, formaté pour fausser les urnes, compte tenu de l’enjeu du pouvoir pour sa pérennité, si on veut avoir les forces nécessaires pour aller à un autre système, il faut s’unir. Aucune autre ambition personnelle ne peut réussir sur la base du système actuel. Donc, c’est la lucidité, peut-être une lucidité qui aurait été préférable avant, qui a fini par s’imposer. Ce que vous reprochait à l’opposition ; tard valant mieux que jamais, d’en être arrivé à cette lucidité, qu’il a appelé à se mobiliser pour que notre pays qui a tant payé pour qu’on en arrive à ces acquis démocratiques, ne perde pas ces acquis. Je pense que l’opposition a le mérite, de ce point de vue, au lendemain des élections que les uns et les autres aient surmonté leur subjectivisme pour se retrouver et ouvrir de nouvelles perspectives dans le cadre de la lutte pour un système électoral fiable.
Relativement au boycott, les militants de l’opposition des régions attendent que les leaders déroulent le problème pour avoir une claire conscience de cette décision et de ses implications. Est-ce que l’opposition a pris en compte la réalité locale, en proposant le boycott actif des législatives du 03 juin prochain ?
Je ne peux pas parler au nom de toute l’opposition. Je sais comment nous avons fait au PIT,et à peu près comment nous avons fait au niveau de la coalition. Dansokho était le président de la Coalition électorale et j’étais le coordonnateur de l’équipe électorale. Au niveau du PIT, le secrétariat s’est réuni et a retenu l’hypothèse de boycott actif. Nous devions soumettre cette décision au bureau politique qui l’a adoptée à l’unanimité. Nous avons soumis la décision du bureau politique sur la base d’un rapport écrit au comité central qui est l’instance suprême de notre parti entre deux congrès. A l’unanimité, chacun partant de ce qu’il a vécu sur le terrain, le comité central du PIT a décidé le boycott actif.
Au niveau de la coalition, nous avons procédé à une première évaluation qui a été rendue publique, mais pas dans des termes fermes. Et, nous avons dit que l’évaluation de la coalition était sous réserve des analyses que les différents membres de la coalition feraient. Je sais qu’au niveau de l’APF, il y a eu des rencontres. Est-ce que ces rencontres sont arrivées à l’unanimité ? C’est cela la démocratie, parce que ce n’est pas forcément l’unanimité. SI une majorité s’est dégagée, chacun est libre. Il y a des gens qui, parce qu’ils mettent en avant leur propre calcul d’intérêts qui considèrent que cela ne les arrange pas d’obéir à la loi de la majorité et ils font autre chose. Mais, au niveau du PIT, vous n’avez pas entendu et vous n’entendrez pas quelqu’un qui participe aux instances, dire publiquement qu’il n’est pas d’accord.
Aujourd’hui, comment assumez-vous, devant le peuple, le choix de rester cinq bonnes années, sans avoir de représentants à l’Assemblée nationale ?
D’abord, je reviens au cible. Le rapport de force, tel qu’il est reflété par les résultats proclamés de Wade, c’est 56 % contre 44 %. Donc, ce nombre de cible dont vous parlez, cela donne une idée de la réalité de certains d’entre eux. Donc, même sur la base du rapport tel qu’il apparaît à travers le chiffre préfabriqué et qui, pour nous, ne refléte pas la réalité dans le pays, c’est presque la moitié du Sénégal qui est représentée par les partis que nous sommes. Certes, une élection, c’est un moment important dans la vie démocratique d’un pays. C’est un moment très important, parce qu’on choisit les représentants du peuple. Mais, les élections ne sont importantes que dans la mesure où ces représentants sont élus de manière à pouvoir donner une assemblée légitime. Notre contestation du système comporte comme corollaire que l’Assemblée qui sera élue sur une base qui ne reflètye pas la réalité du pays, ne sera qu’une assemblée croupions, une assemblée de faire-valoir destinée tout simplement à nourrir par les salaires qu’elle va donner, ceux pour qui, l’argent n’a ni odeur, ni couleur. Mais, la lutte continue. Ce n’est pas seulement la lutte pour l’Assemblée. C’est avant l’assemblée, la lutte pour un système démocratique. Il n’y a que l’existence d’un système qui peut rendre légitime l’Assemblée dans la fonction qui lui est reconnue dans les institutions. Pendant les élections, la campagne électorale, que ces partis mèneront ne remet pas entre parenthèse jusqu’à la fin des élections, les droits reconnus aux citoyens par la constitution . Aussi, après les élections, de toute manière cette lutte continue. Soit parce que nous sommes arrivés à quelque chose, à une discussion sur le système avec des résultats qu’on ne pourra consolider que par la lutte. Soit, on ne sera pas arrivé à cette chose et ce sera encore une raison supplémentaire pour lutter afin d’arriver à quelque chose.
ALors, quelle est véritablement la finalité du boycott ?
La finalité du boycott, c’est d’amener le président de la République, d’amener tous les amis de la démocratie au Sénégal pour qu’on sache qu’en 2000, nous avons eu à l’unanimité, suffisamment confiance dans le système électoral pour qu’on ne parle pas de boycott. C’est une regression. Même s’il y a des gens qui vont voter, il est clair que la situation d’aujourd’hui n’a rien à voir avec la situation d’avant. Car, avant, nous avions confiance dans la système et nous sommes tous allés aux élections quel que soit le résultat auquel on a abouti après. Aujourd’hui, il y a une parie extrêmement importante de l’opinion que représentent nos partis qui ne croit pas au système. On est passé d’un système auquel tout le monde avait confiance, à un système auquel une bonne partie n’a plus confiance. Donc, la finalité, c’est de restaurer la crédibilité du système et par rapport à cette finalité, ces élections ne sont qu’une péripétie. Donc, il ne faut pas prendre la fin pour les moyens. La finalité, c’est restaurer la confiance unanime des Sénégalais sur la crédibilité de leur système.
Aujourd’hui, dans ce contexte de boycott, qu’est-ce que vous attendez du président de la République, Maître Abdoulaye Wade ?
C’est qu’il soit à la hauteur de sa tache. A chaque tournant, le président prouve ce qu’est un chef de parti et non le président de tous les Sénégalais. Il est incapable de ce dépassement qu’implique sa fonction et qui aurait du l’amener à dire : je ne suis certes pas d’accord avec votre analyse. Ca c’est moi Abdoulaye Wade, chef de parti. Mais, tout en n’étant pas d’accord, je suis contre vos arguments du début à la fin, mais je suis président de la République,gardien de la constitution et tenu par ces fonctions d’examiner tout reproche fait à la constitution. Ne serait-ce que pour arriver à la conclusion que ce reproche n’est pas fondé. Or, en refusant le dialogue, il nous confirme dans le fait qu’il est incapable de se mettre à la hauteur de sa charge. En d’autres termes de surmonter la contradiction dans laquelle, il s’est enferré en tenant coûte que coûte à rester à la fois chef de parti et président de la République.
Et si, le président Wade prenait la décision de surseoir au processus électoral et de vous convier à la table des discussions, n’allez-vous crier sur tous les toits victoire… victoire ?
Il faut comprendre que la finalité de notre action ne concerne pas le calendrier électoral. Puisque c’est lui qui décide de cela, il peut comme lors de la prorogation des élections, décider de prolonger, de rapprocher ou d’annuler les élections. Cette décision lui appartient. Nous notre problème, c’est de restaurer à notre système électoral la crédibilité qui a fait qu’en 2000, nous sommes tous allés aux élections, parce que personne d’entre nous n’avait des raisons fondées de les contester. Dans un jeu, il n’appartient pas à un seul parti de décider de la fiabilité ou non des règles du jeu. Donc, notre problème, c’est que le Sénégal continue d’être un phare – ce qu’il n’est plus – parce que nous avons fait une alternance qui aurait pu nous …
Maintenant, c’est enfantin que nous nous demandons à rencontrer le Président, qu’il dise que je vais vous rencontrer et que nous on dit qu’il s’est déculotté. Ce serait tellement enfantin que c’est dans la tête là des gens qui cherchent des arguments.
Mais, est-ce que le chef de l’Etat, celui qui est la caution d’une évolution pacifique et démocratique de notre pays, devrait pouvoir s’arrêter sur la base d’arguties aussi enfantines devant la responsabilité qu’il incombait de faire bouger le Sénégal vers plus de démocratie. S’il le fait, il n’est pas capable. Egalement, si nous pensons comme ça, nous ne sommes pas à notre place. Car, nous disons que nous voulons plus de démocratie, nous allons même faire un boycott actif, pour jouer et amener le Président à se mettre à genou. Cela n’a pas de sens. Quant les choses sont sérieuses, il faut les traiter sérieusement et malheureusement dans le camp du président, il y a des gens qui ont des idées tellement rivées sur leurs poches qu’ils ne sont plus capables d’un minimum de bon sens dans l’argumentation de leurs positions.
Vous avez parlé de boycott actif, est-ce à dire que vous allez manifester à travers le pays pour empêcher les gens d’aller voter le jour du scrutin ?
Nous allons intervenir dans le cadre autorisé par la loi. Cela je tiens à le souligner. Je ne dis pas dasn un cadre autorisé par une interprétation tendancieuse de la loi. Nous opposer la légalité pour camoufler l’arbitraire, ça, on ne se laissera pas faire. Mais, tout ce qui a dans le cadre de la loi, et nous sommes des gens responsables. C’est même cela qu’on nous reproche. Depuis que Wade est au pouvoir, nous avons tenu à être tellement républicains et légaux que les gens nous ont dit, que les gens nous dit que nous n’alliez pas avoir ce qui vous ait arrivé. Nous allons faire tout ce que nous autorise la légalité. Donc, le pouvoir n’a pas le monopole de l’interprétation. Nous le ferons au plan national. Car, c’est la démocratie sénégalaise qu’il faut défendre. Donc, ce sont les Sénégalais qu’il faut mobiliser et au premier chef pour défendre cette démocratie.
C’est parce que le Sénégal est une référence démocratique que les partenaires au développement accompagnent notre processus. Moralement, nous sommes tenus de leur dire ce qui est, de notre point de vue, la vérité sur ce plan.
Donc, peut-on espérer que boycott actif ne va pas remettre en cause la stabilité de notre pays ?
Il y a deux choses. La première, il n’appartient pas seulement à l’opposition de veiller à la stabilité politique du Sénégal. Elle a sa part de responsabilité. Et en demandant à dialoguer avec le président, elle entend assumer sa part de responsabilité. Quelqu’un qui demande à dialoguer, il ne cherche pas à déstabiliser. La deuxième, est-ce qu’il faudrait au nom de stabilité sacrifier la démocratie ? Je ne le pense pas. Ce n’est même pas possible. Il n’y a pas de stabilité là où on piétine la volonté populaire. Construire la stabilité de la sorte, c’est comme construire des châteaux de sable sur la plage. La seule garantie de stabilité de notre pays, c’est que le régime qui est en vigueur fasse l’objet d’un consensus au sein de la population. Il n’y a pas de stabilité là où une part importante des citoyens considère que d’une manière ou d’une autre, elle est exclut du jeu démocratique. Parce que tous les citoyens naissant libres et égaux en droit, c’est libre lorsqu’ils se sentent marginaliser dans le système de recourir à tous les moyens à leur disposition pour réintégrer le processus démocratique et faire valoir leurs droits.
Ce que nous avons à faire avec Wade SG du PDS, nous l’avons fait aux élections. Il faut que Wade président de la République, se montre capable de se libérer de la posture et des intérêts du SG du PDS pour porter le manteau que le peuple sénégalais lui avait donné et qu’il s’est redonné lui-même et s’affirmer comme le président de la tous les Sénégalais. Même, malgré notre critique s’il adoptait une posture de président de la République, mais il nous connaisse. Dans l’intérêt de notre pays, il serait intéressant que tous prennent une claire conscience des enjeux. Et le moindre de ses enjeux n’est pas le rétablissement de la confiance unanime et du consensus unanime sur la valeur de notre système démocratique. Dans tous les pays où il y a des difficultés et où il y a eu l’instabilité, c’est parce que les citoyens ou une bonne part des citoyens n’avait plus confiance dans le système en vigueur.Il est encore temps d’éviter à notre pays d’en arriver là. Et nous espérons que le bon sens finira pas prévaloir là il faut encore défaut. Ce qui n’est pas le cas au niveau de l’opposition qui demande à dialoguer.
Pr Sémou Pathé Guèye, Parti de l’Indépendance et du Travail (PIT)
‘’Nous nous sommes contentés des échos que la presse nous renvoyait de notre propre action’’
Propos recueillis par DOUDOU SARR NIANG
Homme politique et responsable au sommet du parti de l’Indépendance et du travail (PIT), le Pr Sémou Pathé Guèye étonne par la pertinence de ses analyses. Resté ces derniers temps, un peu en retrait par rapport à la scène médiatique, le philosophe revient sur les questions qui agitent le landernau politique. Et au premier plan, le boycott des élections législatives du 03 juin prochain, à la suite de la décision prise par 12 chefs de partis de renoncer au scrutin.
Professeur, au regard de la décision prise par 12 partis d’opposition de boycotter les prochaines élections législatives et l’implication active du PIT dans ce processus, est-ce qu’on peut considérer votre formation politique comme le chef de file de ce vaste mouvement de contestation ?
Je ne sais pas s’il faut poser la question en ces termes. Le boycott a été d’abord une décision collective de la coalition à laquelle nous appartenons, et sein de laquelle, nous sommes allés aux élections. Ainsi, au lendemain de la publication des résultats, nous nous sommes retrouvés au siège de la Coalition pour analyser le scrutin. Avec toutes les composantes de la coalition, nous sommes arrivés à la conclusion que ces résultats ne sont pas le reflet de ce qu’une bonne partie du peuple exprimait comme mécontentement à l’égard de la politique du gouvernement. Avant les élections et dans tous les secteurs, il y avait des mouvements de revendication qui, tout naturellement, exprimaient le désaveu de la politique qui était menée au Sénégal. Sans compter les difficultés au sein du parti au pouvoir et au plus haut sommet du régime, alimentées par les scandales qui défraient la chronique. Comparé à tout cela, le résultat était, à tout le moins, surprenant. Et, il a, tout le moins, surpris. Aussi, dans notre analyse, nous avons conclu au fond, que ce qui est surprenant, ce n’est pas le fait que le système ait produit de tels résultats. Mais, que le système électoral sur la base duquel nous sommes partis aux élections, ne pouvait produire qu’un tel résultat. En le disant, nous engagions un peu notre responsabilité. Car, si nous avions combattu le système, avec toute la détermination qu’il fallait, en étant plus proche des populations, en ne nous contentons pas des échos que la presse nous renvoyait de notre propre action ; c’est-à-dire une action qui était plus une action de salon qu’une action de déploiement sur le terrain - nous aurions pu alerter plus fortement l’opinion, la mobiliser et, le cas échéant, la préparer à réagir massivement contre ce que nous avons appelé un hold-up électoral.
Alors, quelle a été la conséquence de cette nouvelle prise de conscience politique ?
Après avoir tiré cette leçon, nous ne pouvions plus continuer à avoir une quelconque complaisance ou passivité à l’égard de ce système. Alors, d’un point de vue logique, cette analyse faite au lendemain des élections, appelait deux conclusions absolument nécessaires. Premièrement, qu’on ne peut pas dire qu’un système est générateur de falsification de l’expression du suffrage des citoyens et s’inscrire, malgré tout, dans ce système. Donc, nous étions obligés de poser sur la table, la question du réexamen du système. Faute de quoi, nous allons boycotter les législatives. Et, deuxième conclusion à laquelle, nous avons abouti, a été le boycott actif. Car, du moment que nous n’avons pas opposé la mobilisation populaire qu’il fallait aux différentes remises en cause la fiabilité du système que nous avions hérité du régime précédent, il fallait aller au-delà d’un boycott purement verbal et en chambre. En d’autres termes, il fallait exploiter toutes les possibilités que nous avons, pour obliger le pouvoir à revenir sur un système, au moins, aussi fiable que celui qui avait rendu possible l’alternance. C’est la meilleure réponse à apporter, si nous ne voulons plus que la même attitude de passivité pérennise le système. Cela paraît tellement logique que toute autre attitude aurait été opportuniste de notre part. C’est vous dire qu’il ne s’agit pas d’une prise de position du PIT. Mais, une prise de position logique de notre coalition qui, sur ce plan, s’est retrouvée avec d’autres coalitions. Evidemment, le PIT a un style, et lorsqu’il endosse une position, il l’assure. Mieux, il la porte par le mouvement et par l’action dans la mesure de ses modestes moyens. C’est cela qui peut donner l’impression que nous sommes plus actifs. Mais, je crois que c’est un mouvement d’ensemble.
Est-ce qu’on ne peut pas vous reprocher le fait que c’est ce système qui vous dénoncez qui a permis à Idrissa Seck de gagner à Thiès et Moustapha Niasse à Nioro ?
Si, vous lisez notre lettre, et je m’étonne justement qu’Ousmane Ngom, dans sa réponse, parle de logique, nous avons clairement dit que nous rejetons les résultats. C’est parce que nous rejetons les résultats, que nous n’avons pas revendiqué quoi que ce soit. Pour nous, ces résultats, dans leur ensemble, ont été viciés dès le départ. Nous ne pouvions pas intenter un recours, encore moins commenter, dans un sens ou dans un autre, les résultats qui ont été publiés. Donc, nous sommes cohérents avec nous-mêmes. Car, nous ne pouvons pas rejeter le résultat qui nous a été donné, et crédibiliser un quelconque autre sur cette base. Voilà pourquoi, lorsque Ousmane Ngom croit voir une contradiction dans fait que, d’une part, nous rejetons les résultats et d’autre part que nous demandons à discuter avec le président de la République, président sur la base des résultats qu’on a reconnus ; c’est qu’il ne sait ce qu’est la logique. Qu’il n’ait pas appris la logique, c’est un fait. Mais, le fait que le juriste qu’il est, n’ait pas compris le bien-fondé de notre démarche, c’est surprenant. N’est-ce pas le Wolof qui dit ‘’yafi nekk moy takha falou’’ (C’est parce que tu est là, qu’on t’a élu). C’est vous dire que nous contestons la légitimité. Car, pour nous, Abdoulaye Wade n’est pas le Président de droit, puisqu’il est devenu président sur la base d’un système dont nous contestons la capacité à garantir la légitimité. Mais, il est président de fait. Donc, si on veut discuter avec un président de la République, en l’occurrence celui qui occupe cette fonction au Sénégal, quelle que soit la manière dont il est arrivé, on ne peut pas discuter avec quelqu’un d’autre que Abdoulaye Wade. C’est lui qui signe les décrets. Une chose est de lui contester la légitimité. Mais, une autre est de savoir qu’on est roi, non pas parce qu’on est légitime, mais parce qu’on occupe la place du roi. Et le juriste Ousmane Ngon devait justement comprendre cette distinction entre le fait et le droit. Malheureusement, il se situe mal sur la question du droit, alors que pour nous, cette question était implicitement réglée. Nous l’avions mis de côté, parce que nous voulons discuter dans l’intérêt de notre pays. Et nous ne pouvons discuter de ces questions qu’avec celui qui est habilité à en discuter. Si, on dit qu’on ne peut pas discuter avec Abdoulaye Wade, la sincérité de notre volonté de discuter n’existe pas. Ce n’est pas avec le président de la Gambie ou du Mali que nous allons discuter. Dans ce cas, on allait nous dire qu’il s’agit là, d’une manœuvre opportuniste pour prétendre discuter alors qu’on nie les conditions de la discussion. Certes, nous avons demandé à discuter avec Abdoulaye Wade, mais cela ne change rien dans notre conviction qu’il a été élu sur la base d’un système qui ne lui garantissait pas la légitimité. Mais, puisque c’est lui qui est là, et non d’un autre, c’est avec lui que nous avons demandé à discuter. S’il y avait quelqu’un d’autre ou une autre manière de discuter avec quelqu’un d’autre, nous le ferions.
Relativement à Thiès et Nioro, est-ce qu’il fallait donner l’impression que l’opposition devait donner quelques localités, de manière symbolique pour légitimer la victoire le 25 février 2007 ?
Il faut éviter de confondre logique et sophistique. Les arguments qui ont été avancés par Ousmane Ngom, c’est-à-dire par Abdoulaye Wade interposé, sont des arguments de pure sophistique. Car, lorsque vous avez un système aussi sophistiqué que celui-ci, il y a toujours des failles. Et, le système ne pouvait pas être efficace à 100 %. Il y a des endroits où, une multitude de raisons, qu’il serait long d’expliquer, a fait que le système ne pouvait pas fonctionner à 100 %. Même s’il a été fabriqué de longue date, c’est-à-dire depuis l’arrivée de Wade au pouvoir, pour produire ces résultats. Malgré tout, le rapport de force sur le terrain a fait qu’il ne pouvait pas fonctionner à 100 %. Alors, si l’on croit pouvoir se servir de cet argument pour dire qu’il y a eu quelque part où cela n’a pas fonctionné ; donc ce que vous dites sur le système est faux : cela est de la sophistique.
Mais, si on en revient à la période pré-électorale, il y a eu bel et bien audit du fichier électoral. Et, on a abouti à la conclusion selon laquelle, le fichier était fiable pour aller aux élections.
(Il coupe). Je vous ai dit et je le crois sincèrement. J’adhère à tout ce qui a été dit dans le sens de la mise en cause du pouvoir et de sa volonté programmée de fausser les élections. J’adhère donc à l’accusation de fraude, même si, à mon avis, le mot fraude d’ailleurs n’est pas bien utilisé. Il y a eu des cas de fraude. Aussi, il y a le fait que le système a été organisé pour fausser l’expression du choix des citoyens. Ce n’est pas la même chose que la fraude. Quand dans une localité, on annonce une victoire et le lendemain, on annonce une autre alors qu’on a déjà compté, il y a eu bel et bien fraude.
C’est la raison pour laquelle, j’adhère à cette accusation, à ce diagnostic. Je maintiens que si cela a été possible, c’est parce que l’opposition n’a pas fait à temps ce qu’elle devait faire.
Réellement, qu’est-ce que l’opposition devait faire ?
Dès que Abdoulaye Wade procédait par petites touches, tellement petites qu’on ne pouvait pas voir tout de suite où il voulait en arriver, on aurait du opposer la riposte la plus vigoureuse. Mais, le style d’Abdoulaye Wade a été le suivant : il avance à petit pas ; il attend. Parfois, on gesticule, on fait de gros effets de manche. Et si rien ne passe, il pose le pas supplémentaire. De petits pas non freinés à petits pas non freinés, il est arrivé à tailler à sa convenance le système, sans jamais avoir rencontré la résistance qu’il fallait. Car, c’est au lendemain des élections de 2001 que le fichier électoral a été déplacé du ministère de l’Intérieur vers la présidence de la République. C’était du temps d’Idrissa Seck et il ont eu le temps de faire toutes les manipulations qu’ils voulaient. Lorsque ce dernier est parti, ils ont réfléchi sur la manière de tirer les leçons du fichier qui était manipulé. Après avoir fait tout ce travail, ils ont ramené le fichier au ministère de l’Intérieur. Sans que le concerné ne le mette en cause, la presse a répété que le responsable des élections du Pds, grand spécialiste des questions d’informatique, avait élu domicile là-bas. Au lieu de prendre cette information au sérieux, on a noté, on a passé à l’anecdotique et on a laissé faire. ALors que, justement, ils étaient en train de toiletter le fichier. Quant, ils ont fait toutes les manipulations, ils ont demandé aux gens de venir pour faire l’audit en quelques jours. Seulement, jusqu’à la veille des élections, le fichier disponible sur papier n’était pas remis aux partis politiques pour qu’on puisse s’assurer s’il s’agissait du même que celui avec lequel, on est allé aux élections. Voilà pourquoi, le PIT n’a pas cautionné la sortie des gens de la société civile qui ont soutenu n’avoir pas de preuve que le fichier n’était pas fiable. Une chose est de ne pas avoir de preuves ; une autre est de conclure que le fichier est bon ou n’est pas bon. Peut-être que si on avait eu le temps, si on avait donné aux gens le temps de vérifier et de confronter le fichier sur papier et le fichier électronique, on pourrait, en mobilisant assez de ressources comme c’était le cas en 2000 arriver à un fichier digne de confiance. Mais, le fichier n’est qu’un cas dans les possibilités de fraude. C’est un maillon, parce qu’on a eu d’abord une implantation sélective des bureaux de vote.
L’opposition a soutenu qu’elle n’a pas eu accès à la carte électorale ?
L’opposition n’a pas eu accès à la carte électorale, donc du contrôle de l’électorat par ce biais. L’opposition n’y a pas participé sérieusement, parce que les commissions qui devaient s’occuper de cela, n’ont pas été mises en place dans les commissions de distribution des cartes. Cela a permis une distribution sélective de ces cartes. Même dans le contrôle même de la fiabilité de la transcription, l’opposition n’a pas eu le temps pour voir et de savoir si les noms étaient identiques.
Il y a aussi que l’opposition n’a pas fait le travail d’investigation nécessaire pour la circonstance ?
Je voudrais vous dire, en toute honnêteté que nous sommes fait voler. On ne nous a pas volé, nous nous sommes fait voler. Si, dès le départ, nous avons fait montre de la détermination qu’il fallait, de la vigilance qu’il fallait, on aurait pu nous voler autrement, et non de la manière dont nous l’avons été. Je crois que si nous voulons aller vers un système fiable, il faut que nous nous mobilisions, que nous mobilisions les citoyens pour revenir sur le fichier. Aussi, il faut que réglions les problèmes liés au manque de vigilance, au manque de détermination, de déploiement sur le terrain dont nous avons fait preuve et qui a facilité les choses.
Au-delà de cela, est-ce que l’absence de cadre d’action unitaire de l’opposition, est-ce que cela n’a pas aggravé la situation ?
Je suis tout à fait sure que cela a joué un rôle très important. Cela veut dire qu’à chaque chose son temps. Nous nous sommes engagés dans une lutte pour montrer quelle est la part de responsabilité du pouvoir dans la falsification de la volonté populaire. Mais, je crois que si nous voulons combattre efficacement cela, il faut qu’on s’interroge, que nous nous interrogions nous-mêmes, que nous dégagions notre responsabilité. Et par rapport à votre question, j’ai tendance à répondre par oui. Le CPC avait vraiment réussi à crédibiliser une alternative unitaire dans la tête des partis membres du CPC. Il était même devenu un seul parti. Par la suite, on a remplacé le CPC par la CPA. Non seulement, la CPA n’a pas eu le temps d’occuper la même place que le CPC dans la tête des Sénégalais. Mais, tout de suite, elle s’est manifestée par ses contradictions et ses incohérences, au point de discréditer l’idée d’unité et de mettre dans la tête de ceux qui croyaient en cette idée que les élections étaient perdues d’avance. Que ce n’était même pas la peine de se fatiguer. Alors, certains Sénégalais en ont tiré la conclusion que ces gens-là ne savaient pas ce qu’ils voulaient. Car, ils n’avaient aucune chance de battre Wade, s’ils sont séparés. Donc, s’ils ont pris cette voie suicidaire, c’est que l’intérêt personnel a prévalu par rapport à l’intérêt général. Aucun des gens qui étaient présidentiables n’a compris la nécessité d’envisager, pas automatiquement, mais sur la base de discussions ouvertes, sincères, franches, la nécessité de se retrouver derrière quelqu’un reconnu comme étant celui qui doit être devant. Au contraire, chacun a cru que le destin du Sénégal ne reposait que sur ses épaules. Il est tout à fait naturel que les gens votent pour Wade, en attendant que le bon sens et la raison l’emportent sur des opposants qui semblent plus proches de leurs propres intérêts que l’intérêt du Sénégal.
Il y aussi le fait que les leaders de l’opposition ont été capables de s’unir pour boycotter les législatives et non pour gagner les élections ?
C’est parce que l’opposition n’est pas bête. Elle a tiré les leçons dès le lendemain des élections. Elle a compris, ce qu’elle n’avait pas compris avant. On a compris que, compte tenu de ce que le système est, et qui est par nature, formaté pour fausser les urnes, compte tenu de l’enjeu du pouvoir pour sa pérennité, si on veut avoir les forces nécessaires pour aller à un autre système, il faut s’unir. Aucune autre ambition personnelle ne peut réussir sur la base du système actuel. Donc, c’est la lucidité, peut-être une lucidité qui aurait été préférable avant, qui a fini par s’imposer. Ce que vous reprochait à l’opposition ; tard valant mieux que jamais, d’en être arrivé à cette lucidité, qu’il a appelé à se mobiliser pour que notre pays qui a tant payé pour qu’on en arrive à ces acquis démocratiques, ne perde pas ces acquis. Je pense que l’opposition a le mérite, de ce point de vue, au lendemain des élections que les uns et les autres aient surmonté leur subjectivisme pour se retrouver et ouvrir de nouvelles perspectives dans le cadre de la lutte pour un système électoral fiable.
Relativement au boycott, les militants de l’opposition des régions attendent que les leaders déroulent le problème pour avoir une claire conscience de cette décision et de ses implications. Est-ce que l’opposition a pris en compte la réalité locale, en proposant le boycott actif des législatives du 03 juin prochain ?
Je ne peux pas parler au nom de toute l’opposition. Je sais comment nous avons fait au PIT,et à peu près comment nous avons fait au niveau de la coalition. Dansokho était le président de la Coalition électorale et j’étais le coordonnateur de l’équipe électorale. Au niveau du PIT, le secrétariat s’est réuni et a retenu l’hypothèse de boycott actif. Nous devions soumettre cette décision au bureau politique qui l’a adoptée à l’unanimité. Nous avons soumis la décision du bureau politique sur la base d’un rapport écrit au comité central qui est l’instance suprême de notre parti entre deux congrès. A l’unanimité, chacun partant de ce qu’il a vécu sur le terrain, le comité central du PIT a décidé le boycott actif.
Au niveau de la coalition, nous avons procédé à une première évaluation qui a été rendue publique, mais pas dans des termes fermes. Et, nous avons dit que l’évaluation de la coalition était sous réserve des analyses que les différents membres de la coalition feraient. Je sais qu’au niveau de l’APF, il y a eu des rencontres. Est-ce que ces rencontres sont arrivées à l’unanimité ? C’est cela la démocratie, parce que ce n’est pas forcément l’unanimité. SI une majorité s’est dégagée, chacun est libre. Il y a des gens qui, parce qu’ils mettent en avant leur propre calcul d’intérêts qui considèrent que cela ne les arrange pas d’obéir à la loi de la majorité et ils font autre chose. Mais, au niveau du PIT, vous n’avez pas entendu et vous n’entendrez pas quelqu’un qui participe aux instances, dire publiquement qu’il n’est pas d’accord.
Aujourd’hui, comment assumez-vous, devant le peuple, le choix de rester cinq bonnes années, sans avoir de représentants à l’Assemblée nationale ?
D’abord, je reviens au cible. Le rapport de force, tel qu’il est reflété par les résultats proclamés de Wade, c’est 56 % contre 44 %. Donc, ce nombre de cible dont vous parlez, cela donne une idée de la réalité de certains d’entre eux. Donc, même sur la base du rapport tel qu’il apparaît à travers le chiffre préfabriqué et qui, pour nous, ne refléte pas la réalité dans le pays, c’est presque la moitié du Sénégal qui est représentée par les partis que nous sommes. Certes, une élection, c’est un moment important dans la vie démocratique d’un pays. C’est un moment très important, parce qu’on choisit les représentants du peuple. Mais, les élections ne sont importantes que dans la mesure où ces représentants sont élus de manière à pouvoir donner une assemblée légitime. Notre contestation du système comporte comme corollaire que l’Assemblée qui sera élue sur une base qui ne reflètye pas la réalité du pays, ne sera qu’une assemblée croupions, une assemblée de faire-valoir destinée tout simplement à nourrir par les salaires qu’elle va donner, ceux pour qui, l’argent n’a ni odeur, ni couleur. Mais, la lutte continue. Ce n’est pas seulement la lutte pour l’Assemblée. C’est avant l’assemblée, la lutte pour un système démocratique. Il n’y a que l’existence d’un système qui peut rendre légitime l’Assemblée dans la fonction qui lui est reconnue dans les institutions. Pendant les élections, la campagne électorale, que ces partis mèneront ne remet pas entre parenthèse jusqu’à la fin des élections, les droits reconnus aux citoyens par la constitution . Aussi, après les élections, de toute manière cette lutte continue. Soit parce que nous sommes arrivés à quelque chose, à une discussion sur le système avec des résultats qu’on ne pourra consolider que par la lutte. Soit, on ne sera pas arrivé à cette chose et ce sera encore une raison supplémentaire pour lutter afin d’arriver à quelque chose.
ALors, quelle est véritablement la finalité du boycott ?
La finalité du boycott, c’est d’amener le président de la République, d’amener tous les amis de la démocratie au Sénégal pour qu’on sache qu’en 2000, nous avons eu à l’unanimité, suffisamment confiance dans le système électoral pour qu’on ne parle pas de boycott. C’est une regression. Même s’il y a des gens qui vont voter, il est clair que la situation d’aujourd’hui n’a rien à voir avec la situation d’avant. Car, avant, nous avions confiance dans la système et nous sommes tous allés aux élections quel que soit le résultat auquel on a abouti après. Aujourd’hui, il y a une parie extrêmement importante de l’opinion que représentent nos partis qui ne croit pas au système. On est passé d’un système auquel tout le monde avait confiance, à un système auquel une bonne partie n’a plus confiance. Donc, la finalité, c’est de restaurer la crédibilité du système et par rapport à cette finalité, ces élections ne sont qu’une péripétie. Donc, il ne faut pas prendre la fin pour les moyens. La finalité, c’est restaurer la confiance unanime des Sénégalais sur la crédibilité de leur système.
Aujourd’hui, dans ce contexte de boycott, qu’est-ce que vous attendez du président de la République, Maître Abdoulaye Wade ?
C’est qu’il soit à la hauteur de sa tache. A chaque tournant, le président prouve ce qu’est un chef de parti et non le président de tous les Sénégalais. Il est incapable de ce dépassement qu’implique sa fonction et qui aurait du l’amener à dire : je ne suis certes pas d’accord avec votre analyse. Ca c’est moi Abdoulaye Wade, chef de parti. Mais, tout en n’étant pas d’accord, je suis contre vos arguments du début à la fin, mais je suis président de la République,gardien de la constitution et tenu par ces fonctions d’examiner tout reproche fait à la constitution. Ne serait-ce que pour arriver à la conclusion que ce reproche n’est pas fondé. Or, en refusant le dialogue, il nous confirme dans le fait qu’il est incapable de se mettre à la hauteur de sa charge. En d’autres termes de surmonter la contradiction dans laquelle, il s’est enferré en tenant coûte que coûte à rester à la fois chef de parti et président de la République.
Et si, le président Wade prenait la décision de surseoir au processus électoral et de vous convier à la table des discussions, n’allez-vous crier sur tous les toits victoire… victoire ?
Il faut comprendre que la finalité de notre action ne concerne pas le calendrier électoral. Puisque c’est lui qui décide de cela, il peut comme lors de la prorogation des élections, décider de prolonger, de rapprocher ou d’annuler les élections. Cette décision lui appartient. Nous notre problème, c’est de restaurer à notre système électoral la crédibilité qui a fait qu’en 2000, nous sommes tous allés aux élections, parce que personne d’entre nous n’avait des raisons fondées de les contester. Dans un jeu, il n’appartient pas à un seul parti de décider de la fiabilité ou non des règles du jeu. Donc, notre problème, c’est que le Sénégal continue d’être un phare – ce qu’il n’est plus – parce que nous avons fait une alternance qui aurait pu nous …
Maintenant, c’est enfantin que nous nous demandons à rencontrer le Président, qu’il dise que je vais vous rencontrer et que nous on dit qu’il s’est déculotté. Ce serait tellement enfantin que c’est dans la tête là des gens qui cherchent des arguments.
Mais, est-ce que le chef de l’Etat, celui qui est la caution d’une évolution pacifique et démocratique de notre pays, devrait pouvoir s’arrêter sur la base d’arguties aussi enfantines devant la responsabilité qu’il incombait de faire bouger le Sénégal vers plus de démocratie. S’il le fait, il n’est pas capable. Egalement, si nous pensons comme ça, nous ne sommes pas à notre place. Car, nous disons que nous voulons plus de démocratie, nous allons même faire un boycott actif, pour jouer et amener le Président à se mettre à genou. Cela n’a pas de sens. Quant les choses sont sérieuses, il faut les traiter sérieusement et malheureusement dans le camp du président, il y a des gens qui ont des idées tellement rivées sur leurs poches qu’ils ne sont plus capables d’un minimum de bon sens dans l’argumentation de leurs positions.
Vous avez parlé de boycott actif, est-ce à dire que vous allez manifester à travers le pays pour empêcher les gens d’aller voter le jour du scrutin ?
Nous allons intervenir dans le cadre autorisé par la loi. Cela je tiens à le souligner. Je ne dis pas dasn un cadre autorisé par une interprétation tendancieuse de la loi. Nous opposer la légalité pour camoufler l’arbitraire, ça, on ne se laissera pas faire. Mais, tout ce qui a dans le cadre de la loi, et nous sommes des gens responsables. C’est même cela qu’on nous reproche. Depuis que Wade est au pouvoir, nous avons tenu à être tellement républicains et légaux que les gens nous ont dit, que les gens nous dit que nous n’alliez pas avoir ce qui vous ait arrivé. Nous allons faire tout ce que nous autorise la légalité. Donc, le pouvoir n’a pas le monopole de l’interprétation. Nous le ferons au plan national. Car, c’est la démocratie sénégalaise qu’il faut défendre. Donc, ce sont les Sénégalais qu’il faut mobiliser et au premier chef pour défendre cette démocratie.
C’est parce que le Sénégal est une référence démocratique que les partenaires au développement accompagnent notre processus. Moralement, nous sommes tenus de leur dire ce qui est, de notre point de vue, la vérité sur ce plan.
Donc, peut-on espérer que boycott actif ne va pas remettre en cause la stabilité de notre pays ?
Il y a deux choses. La première, il n’appartient pas seulement à l’opposition de veiller à la stabilité politique du Sénégal. Elle a sa part de responsabilité. Et en demandant à dialoguer avec le président, elle entend assumer sa part de responsabilité. Quelqu’un qui demande à dialoguer, il ne cherche pas à déstabiliser. La deuxième, es
Article ajouté le 2007-10-20 , consulté 17 fois
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