Ascension politique d'Idrissa Seck

Ascension politique : 1989-1999 

Idrissa Seck, une décennie à l’épreuve du pouvoir

 

Par Doudou Sarr NIANG

 

‘’Qu’on ne me parle plus de politique encore moins de Pds’’. Joignant l’acte à la parole, Idrissa Seck est allé à la devanture de la maison de Maître Wade au Point pour y garer la 405 de couleur rouge qui lui avait été spécialement affectée pour les besoins de la campagne électorale. Tout simplement parce que le jeune directeur de campagne du candidat Wade avait perdu les élections présidentielles et législatives ayant consacré la réélection d’Abdou Diouf pour son deuxième mandat à la tête de la République du Sénégal. Une attitude pour la moins incongrue de la part d’un leader qui a été investi de la toute confiance de Me Wade qu’il pensait digne dans la défaite. Surtout que ces élections ont été entachées de fraudes. Alors l’attitude d’Idrissa Seck qui a lâché le candidat Wade au beau milieu de la contestation électorale n’était sans conséquence dans le parti démocratique sénégalais. Car, les militants de première heure n’ont pas compris l’attitude de ce … jeune militant qui n’a pas eu le courage de ses idées. Seulement, cela n’a pas empêché Me Abdoulaye Wade de le soutenir pour l’aider à donner une nouvelle orientation à sa carrière. D’autant plus que le jeune directeur de la campagne s’apprêtait à … migrer aux Etats-Unis pour y poursuivre ses études afin de consacrer ses ambitions :  « Born to be president ». A la limite, c’est comme si, Idrissa Seck alias « Mara » était un nom prédestiné.

Certes, la magnanimité de Me Wade envers Idrissa Seck a démarré avec l’octroi à l’enfant de Thiès d’une bourse de l’Isefy pour lui permettre de poursuivre ses Etudes supérieures en France. Seulement, au lendemain des évènements de 1988 qui ont mis Dakar à feu et à sang avec l’histoire des voitures incendiées et autres attaques à coup de cocktail molotov, le leader historique du Pds n’a pas hésité à le mettre en rapport avec l’ancien Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique au Sénégal, Lenon Walker pour l’aider à poursuivre ses études dans la prestigieuse université américaine de Princeton. ‘’Le Président Wade a donné son accord. Cela, je le tiens de source sure. Car, c’est Me Wade qui a fait la confidence au cours d’une conversation lorsque Idrissa Seck a été démasqué dans sa stratégie de démantèlement du Pds originel pour le façonner à sa manière et suivant ses intérêts et des ambitions inavouées. C’est la preuve que cet homme a été parrainé de bout en bout. Malheureusement, il n’a pas eu la décence de dire… merci’’, explique un proche du Président Wade depuis les années de braise.

 

Eminence grise de Me Wade

 

Idrissa Seck, faut-il le rappeler, est considéré à tort comme l’éminence grise de Me Wade, un homme qui lui a offert tout sur un plateau d’argent. Peut-être parce qu’il a eu un parcours extraordinaire au sein du parti démocratique sénégalais, contrairement à ses centaines de milliers de militants qui ont … bavé avant de goûter aux délices du pouvoir à partir de 2000, avec l’avènement de l’alternance.

Né le 9 août 1959 à Thiès ( une ville située à 70 km à l’Est de Dakar), Idrissa Seck a fréquenté l’école des Hautes études commerciales (HEC) et l’Institut d’études politiques de Paris, avant que les portes de l’Université de Princeton aux Etats-Unis ne s’ouvrent à lui comme étudiant visiteur… sans diplômes certifiés conformes entre septembre 1989 et septembre 1990. Nombreux sont les Sénégalais qui s’interrogent sur le sujet de son Ph.D. Revenu de ce pays, pour devenir un vrai consultant en « Management », spécialisé en finance et stratégies de développement, après avoir été consultant à Price Waterhouse de 1986 – 1991. Par la suite, Idy devient le président du Cabinet ACG Afrique. Ainsi, de 1992 à 1995, il opère dans le secteur privé. Malgré ses connexions avec les socialistes qui lui ont offert des marchés à l’image de celui de la Caisse de péréquation et de stabilisation des prix (sinon comment comprendre qu’un opposant irréductible d’Abdou Diouf puisse bénéficier des largesses du pouvoir à un moment aussi critique de l’histoire politique du Sénégal), Me Wade a eu entière confiance à cet homme que les militants n’ont véritablement découvert que 15 ans après la fondation du Pds.

La preuve, Me Wade a été toujours constant dans son appréciation : ‘’ Idrissa Seck est entré dans le parti avant son bac. Il a fait partie des membres fondateurs de l’OTESF (Organisation des Etudiants et Travailleurs Sénégalais en France), une organisation que j’avais lancée en 1974/1975 et qui regroupait des travailleurs et des étudiants. C’était la première fois qu’on essayait de mettre ensemble travailleurs et étudiants Sénégalais en Europe. Je veux dire qu’Idrissa Seck est venu au parti très jeune, en même temps que Serigne Diop, Ousmane Ngom, etc. Il est normal qu’il soit près de moi. Il connaît ma pensée, il connaît mes sentiments. Je n’ai pas besoin de grandes explications pour qu’il comprenne ce que je veux dire’’.

 

Idrissa Seck, super-ministre

 

A la veille des élections présidentielles et législatives de 1993, Me Wade a choisi de rompre son alliance avec Abdou Diouf pour aller à la conquête du suffrage des Sénégalais, Idrissa n’a pas eu la chance comme en 1988 d’être directeur de campagne du candidat du Pds. Il s’est heurté à l’hostilité de Boubacar Sall et Cie qui ont contesté son leadership. Dans la mesure où, le jeune homme avait tenté de lancer une OPA sur le Pds à Thiès. Alors, Maître Wade en a fait son conseiller spécial. En d’autres termes, Idy n’a pas participé de manière directe à la campagne de 1993 qui s’est soldée par une victoire contestée du camp de Diouf.

Quant le secrétaire général du Pds a été rappelé une deuxième fois dans le gouvernement d’Abdou Diouf en 1995, Idrissa Seck, qui était le président du Cabinet ACG, hérite du portefeuille du Commerce, de l’Artisanat et de l’Industrialisation. Un super-ministère pour un militant qui avait la toute confiance du Ministre d’Etat auprès du président de la République, pour peaufiner une image de fidèle parmi les fidèles de Me Wade au point de tracer un parcours inédit dans les rangs du Pds. Dans l’exercice de ses fonctions ministérielles, il se singularise dans la vente des licences d’importation au point que le gouvernement d’Abdou Diouf finit par privatiser ce secteur. Sans pour autant que le ministre ne fasse l’objet d’aucun contrôle par les organes de vérification de l’Etat. Simplement, parce qu’il ne fallait pas entacher la franche collaboration qui existait entre les Présidents Diouf et Wade.

Malheureusement, à la veille des élections présidentielles et législatives de 1998, Me Wade a été obligé de quitter le gouvernement de majorité présidentielle élargie pour cause de divergences profondes avec Abdou Diouf. Idy respecte le choix de son mentor et crée son propre cabinet  le Groupe IS Development. AInsi,  à côté du management, de la finance et des stratégies de développement, Idrissa Seck élargit les bases de sa société en intégrant Internet et les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Il se spécialise dans le conseil, l’achat et la vente de noms de domaine. D’où son sens des affaires qui lui a permis de faire main basse sur le nom de domaine sonatel.com, par la suite vendu à un prix exorbitant à la Société nationale des télécommunications du Sénégal. Sans que personne ne puisse l’inquiéter outre mesure.

 

Arrogance, goût du pouvoir et de l’argent

 

Devenu Numéro 2 du Pds, Idrissa Seck a bousculé la hiérarchie au point de ravaler Ousmane Ngom alors porte-parole qui l’a couvé en France au rang de simple administratif. Tout juste, parce qu’il avait fait montrer de qualités de leader dans cette période charnière de l’histoire du parti. Ainsi, à la faveur de la démission d’Ousmane Ngom le 11 juin 1998, Idrissa Seck devient le véritable fondé de pouvoir du Pds. ‘’C’est à partir de ce moment qu’il a commencé à faire main basse sur le parti’’. Et, comme l’ont souligné plus tard ses détracteurs, il a parfaitement manœuvré pour écarter ses adversaires réels ou supposés. Pis encore, ‘’certains lui reprochent son arrogance, son éloignement de la base du parti, son goût du pouvoir et de l’argent. D’autres l’accusent d’avoir, par ambition aussi, mystifié ses concitoyens par ses connaissances coraniques’’. N’empêche, Idrissa Seck continue de jouir de la confiance du président de la république. Ainsi, tous ceux qui ont tenté de lui contester sa légitimité sont passés à la trappe à l’image de Jean Paul Dias qui, mécontent, n’a pas hésité une seconde à s’allier avec Abdou Diouf. Une manière pour cet ex-compagnon ; tout comme Ousmane Ngom et Serigne Diop, de fragiliser davantage le camp des libéraux quelque peu malmené au sortir des élections de 1993 ; parce qu’en net recul par rapport à 1988 en termes de suffrages.

Faut-il le rappeler, au moment où Ousmane Ngom a été renvoyé dans sa base pour se mesurer à la toute puissante machine socialiste en 1996 lors des élections locales et en 1998 lors des législatives, Idrissa Seck lui « apprenait ses modules de gestion du pouvoir chez Me Wade ». Tout naturellement, lorsque Me Wade a choisi de rester en France au lendemain de la campagne de dénonciation d’Abdou Diouf au Palais Bourbon, Idrissa Seck a hérité de la « Maison du père ». ‘’C’est à partir de ce moment qu’il a commencé véritablement la stratégie d’accaparement du Pds. Il s’est attaqué au symbole du sopi. Et ce qui est plus grave, il a refusé de conduire la délégation du parti qui devait se rendre au magal du Keuzou Rajab qui célèbre la naissance du Serigne Fallou Mbacké, deuxième khalife de Serigne Touba. Il a fallu des heures de conciliabules pour le convaincre. C’est la preuve que cet homme ne croyait même pas à l’alternance un jour’’, explique un compagnon du Président Wade. Une attitude qui avait irrité certains militants authentiques du Pds désignés sous le nom de cagoulards. Ces derniers n’avaient pas hésité à dénoncer Idrissa Seck en 1999. Il n’avait pas, selon eux, ni le charisme, ni l’autorité de Maître pour tenir les troupes du Sopi’’. Un aveu de taille qui a précipité le retour triomphal d’Abdoulaye Wade le 27 octobre 1999. Même si, lors de l’accueil, Idrissa Seck s’est retrouvé aux premières loges. Simplement, parce que ce jeune Cayorien ( l’ancienne province située au centre ouest du pays) est rusé … comme le renard.

 

 

 

Repères

 

Idrissa Seck 47 ans,
marié à une femme,
3 enfants
Nationalité sénégalaise

Formation
Princeton University
Institut d'Etude Politique de Paris
Formation complémentaire: Ecole coranique

Langues : Français, Anglais
 

Expérience Professionnelle
Depuis Avril 2000 Ministre d'Etat, Directeur de cabinet du Président de la République du Sénégal.

1998 - Mars 2000 Président du Groupe IS Development

Mars 1995-Mars 2000 Ministre de Commerce, de l'Artisanat et de l'Industrialisation

1992 - 1995 Président du Cabinet ACG Afrique

1986 - 1992 Price Waterhouse Consultant

Expérience Politique
Secrétaire Exécutif du Parti Démocratique Sénégalais Directeur de campagne de candidat Abdoulaye Wade aux élections présidentielles de Février 2000

Directeur de campagne de candidat Abdoulaye Wade aux élections présidentielles de Février 1998 Nommé Premier Ministre en Novembre 2002.
Maire de Thiès depuis le 04 Juin 2002



Article ajouté le 2008-05-05 , consulté 26 fois

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